Journal · 3 septembre 2026 · 5 min de lecture
Pourquoi l'anxiété augmente quand on essaie de la contrôler
Presque tous ceux qui viennent me voir pour de l'anxiété ont déjà beaucoup travaillé. Ils ont lutté, raisonné, tenté de se calmer. Et pourtant les choses ont empiré. Ce n'est pas un manque de volonté : c'est le mécanisme lui-même.
Le paradoxe de l'effort
Essayez de ne pas penser à un éléphant blanc. C'est impossible : pour vérifier que vous n'y pensez pas, il faut y penser. Le contrôle des pensées fonctionne exactement comme cela. Chaque fois que vous vous dites qu'il faut arrêter de ruminer, vous consultez la rumination pour savoir si elle est partie.
L'anxiété obéit à la même logique. Se répéter qu'il faut se détendre suppose de surveiller son niveau de tension, donc de rester en alerte sur son propre état. Le remède devient un symptôme.
Ce que fait l'évitement
L'évitement est le second mécanisme, plus discret. On décline une invitation, on repousse un appel, on prend l'escalier pour éviter l'ascenseur. Chaque évitement produit un soulagement immédiat, et c'est ce soulagement qui pose problème : le cerveau en conclut que le danger était réel et que la fuite a marché.
À force, le territoire se rétrécit. Beaucoup de personnes décrivent une vie qui s'est réduite sans qu'ils s'en aperçoivent, une renonciation à la fois.
Ce qui fonctionne mieux
Changer d'objectif. On ne cherche plus à faire baisser l'anxiété mais à faire ce qui compte malgré elle. C'est un déplacement modeste en apparence et considérable en pratique : la question n'est plus « comment ne plus avoir peur » mais « qu'est-ce que je fais aujourd'hui que la peur m'empêchait de faire ».
Concrètement, on travaille sur trois plans. D'abord le corps, avec des techniques de respiration qui font redescendre l'intensité, non pas pour supprimer la sensation mais pour la rendre supportable. Ensuite les pensées : les écrire au lieu de les repousser, les regarder de près, constater que beaucoup ne résistent pas à l'examen. Enfin les évitements, que l'on reprend par petites marches choisies par vous, jamais imposées.
Un exercice simple pour commencer, ce soir : quand une pensée anxieuse arrive, notez-la en une phrase sur un carnet, puis reprenez ce que vous faisiez. Vous ne la combattez pas, vous ne la suivez pas non plus. Vous la laissez exister à côté de vous.
Quand cela ne suffit pas
Si vous ne dormez plus, si vous perdez du poids, si les attaques de panique sont fréquentes, ou si vous consommez alcool ou médicaments pour tenir, un avis médical vient avant tout accompagnement. Parlez-en à votre médecin traitant. En cas de détresse immédiate, le 15 ou le 3114.